
« J'appelle négrier, non seulement le capitaine de navire qui vole, achète, enchaîne, encaque et vend des hommes noirs…qui même les jette à la mer pour faire disparaître le corps de délit, mais encore tout individu qui par une coopération directe ou indirecte, est complice de ces crimes. Ainsi, la dénomination de négriers comprend les armateurs, affréteurs, actionnaires, commanditaires, assureurs, colons, planteurs, gérants, capitaines, contremaîtres, et jusqu'au dernier des matelots, participant à ce trafic honteux." L’Abbé Grégoire, Des peines infamantes à infliger aux négriers,
Le 23 août dernier dernier, DiversCités, Fondation Européenne du Mémorial de la traite des noirs, lançait sa campagne nationale « Débaptiser les rues de négriers ? » à l’endroit des principaux ports de la façade atlantique, Bordeaux, Nantes, La Rochelle et Le Havre.
Nos villes abritent des rues et places qui continuent d’honorer des personnalités que se sont illustrées dans l’armement de navires, l’achat, la vente et la mise en esclavage pendant la période du commerce triangulaire.
Il s’agit de s’interroger sur l’héritage urbain d’un commerce florissant qui a fait la fortune des nations européennes. C’est une démarche pédagogique et citoyenne en vue d'une meilleure appropriation urbaine et d'une meilleure intégration sociale et politique. Mais aussi de réparation en tirant les conséquences juridiques et sociales de la qualification de crime contre l'humanité.
Les déplacements à Nantes, à La Rochelle, au Havre mais aussi à Dakar ont été l’occasion de réveiller les municipalités et les citoyens sur la nécessité de réparer l’oubli de cet héritage si embarrassant.
Quand Alain Juppé, dont la ville honore le plus d’armateurs (25 rues), déclare à la presse « c’est absurde…quand va s’arrêter la repentance ? », dévoilant sa conception du travail de mémoire.
A Nantes, à La Rochelle et au Havre nous avons été reçu par des maires et des élus qui se sont engagés à faire évoluer leur signalétique urbaine dans le sens d’un meilleur respect de la mémoire de la traite des noirs.
Un véritable débat relayé par les médias locaux a permis de recueillir une opinion dominante auprès du public et des élus qui va dans le sens de la préservation de cette mémoire par l’apposition de plaques explicatives en bas des rues qui honorent ces armateurs.
Après Nantes, La Rochelle et Le Havre, et avant Marseille et Saint-Malo, DiversCités rend compte des échos de cette campagne et des perspectives d’organisation et de mobilisation qu’elle génère.
De son actualité aussi. Une actualité en termes de désaliénations, de réappropriation, d’affranchissement des attitudes victimaires et de proclamation de la dignité des résistances aux colonisations culturelles et économiques. La diversité ce n’est pas seulement la représentation. C’est d’abord une histoire. Ce sera une mémoire. Ouverte. En partage. En vigilance. En projets. Par l’initiative d’une Ecole des mémoires mais aussi par celui d’un véritable Mémorial National, lieu vivant et formateur.
De retour de Nantes, DiversCités tient à informer le public des réactions engendrées par cette pétition qui n’en est qu’à ses débuts.
Au préalable DiversCités rappelle que l’objectif de cette campagne est d’ouvrir le débat sur la signalétique urbaine par respect de la mémoire des victimes et descendants de l’esclavage afin de favoriser l’intégration socio-urbaine.
La première réaction est celle de l’écrivain Patrick Chamoiseau, président d’honneur de la Fondation Européenne du Mémorial de la traite des noirs, qui défend l’idée de débaptiser définitivement ces rues de négriers.
Interrogé par la presse, le Maire de Bordeaux, Alain Juppé, déclare que c’est « absurde…je ne vais m’engager là-dessus….quand s’arrêtera la repentance? ».
Cette déclaration est à l’exacte opposé de celle qui nous est parvenue du Député-Maire de Nantes, Président du Groupe parlementaire du P.S, Mr Jean Marc Ayrault.
Mr Jean Marc Ayrault, dans un courrier de trois pages (lettre jointe) nous exprime respect et reconnaissance et avance des propositions inédites.
Ainsi Nantes s’engage à « mettre en place, autour du Mémorial des abolitions, une signalétique historique sur les principaux lieux emblématiques du passé négrier mais aussi dans les rues qui rappellent par leur nom ce sombre commerce, pour construire ainsi un véritable parcours urbain autour des traces multiples de l’histoire négrière à Nantes. »
Cette réponse audacieuse et argumentée témoigne du statut de pionnier que Nantes conserve et de la compréhension du nécessaire dialogue entre la société civile et les élus pour faire avancer nos sociétés.
Plus que jamais DiversCités reste déterminée à militer pour un meilleur respect de la mémoire de ce crime contre l’humanité dans une perspective de réconciliation et de citoyenneté.
Après les signatures de Nantes (1 000) de ce week end, la campagne poursuit sa route vers La Rochelle (17 octobre) et Le Havre (31 octobre).
Des rencontres avec les associations, les élus et les populations jalonneront ces déplacements et une restitution aura lieu le samedi 7 novembre à 10h au cinéma utopia
Télécharger la réponse de Jean Marc Ayrault, Député-Maire de Nantes, ici
Karfa Diallo
President DiversCités
Slave Trade Memorial European Foundation

« Vivre libre ou mourir », c’est par ce serment que des esclaves réunis au Bois Caïman à St-Domingue (Haïti) préparèrent l’insurrection réussie de la nuit du 22 au 23 août 1791.
Cet évènement planétaire sans précédent dans l’histoire universelle constitua la genèse de la nation Haïtienne, première république noire, mais aussi marqua le début de la chaîne des abolitions de l’esclavage du 19ème siècle. Cette insurrection ébranla de façon radicale et irréversible le système esclavagiste. Le 23 août est donc devenu, à partir de ces faits de résistance et de libération, sous l’égide de l’UNESCO, Journée Internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition rendant ainsi hommage au combat inlassable des esclaves pour leur libération.
En France, depuis la loi Taubira classant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, la date de commémoration se situe le 10 mai. Il nous paraît important, sans renier les actions nécessaires le 10 mai, de proposer aux associations oeuvrant sur cette thématique de réaliser une action symbolique le 23 août dans chaque ville « historiquement » liée à la traite et en particulier tous nos ports de la façade Atlantique.
Bordeaux vient, depuis le 10 mai 2009, de consacrer 4 salles permanentes au musée d’Aquitaine sur la traite et l’esclavage. Après plus de 10 ans de combat acharné pour que Bordeaux s’empare de cette page de son histoire, notre association s’est félicitée de cette réalisation. Ce premier pas significatif doit être relayé par les citoyens eux-mêmes dans chacune de nos villes.A Bordeaux, on peut citer les quelques rues honorant
armateurs, hommes politiques :

Rue Pierre Baour, Cours Balguerie-Stuttenberg, Rue Saige, Rue David
Gradis, Place Lainé, Rue Colbert, Cours Journu Auber, Place Mareilhac,
Place Ravezies, Passage Féger, Passage Sarget, Rue Gramont, Rue Emile
Pereire, Rue de Kater, Place John Lewis Brown, Rue Daniel Guestier, Rue
Wustenberg, Rue de Bethmann, Rue de la Béchade, Rue Thérésia Cabarrus,
Place Johnston, Rue Fonfréde, Rue Bonnafé, Rue Desse, Cours Portal.
Nous pensons qu’une réflexion sur le sujet pourrait déboucher sur une
action commune: nous pourrions enclencher un mouvement de grande
ampleur qui aurait un impact fort vis-à-vis de la population et aussi
des élus concernés. Nos associations citoyennes doivent rester des
vecteurs de propositions et d’actions qui relayent voire enclenchent
des réflexions ou actions des édiles locaux et nationaux.
Bien évidemment 2009 ne serait que l’année de début de cette réflexion,
mais pourquoi n’arriverions nous pas à faire dès 2010, cette journée
d’anniversaire symbolique dans chacune de nos villes ? Relayée
médiatiquement de façon décentralisée cette initiative pourrait faire
résonance et enclencher un mouvement plus large dans nos villes.
Merci de votre réaction et n’hésitez pas : toute proposition
sera une pierre à l’action de mémoire vigilante qui sous tend notre
engagement commun.
L'Equipe de DiversCités
Bordeaux ville officielle de la commémoration de la traite des
noirs et de l’esclavage le 10 Mai prochain.
A cette occasion des salles 18ème siècle liées à ce crime contre
l’humanité vont être inaugurées au Musée d’Aquitaine.
DiversCités qui n’a cessé d’œuvrer depuis plus de 10 ans pour cette
reconnaissance ne peut que se féliciter qu’enfin cette action citoyenne
soit prise en compte et reconnue à sa juste valeur.
Après la pose de la plaque officielle sur les quais de Bordeaux,
l’ouverture de ces salles constituent donc un pas significatif et
positif envers ce besoin de reconnaissance et cette nécessité de
mémoire et de vulgarisation de ce passé de notre ville.
Ainsi la légitimité de notre action, de nos propositions relayées par
tous ceux qui souhaitent ne pas oublier mais au contraire partir de
cette réalité pour s’en saisir et appeler les jeunes générations à
apprendre, réfléchir et se nourrir de son histoire pour mieux impacter
positivement son présent et son devenir.
Cette commémoration du 10 Mai prochain s’inscrit donc dans le
processus continu mais indéfectible qui permettra, nous en sommes
persuadés, d’aboutir à la mise en œuvre de la proposition du rapport
Tillinac remis à la Mairie : l’édification d’un Mémorial de la traite
des noirs : lieu de présentation historique lié à cette tragédie, lieu
de rassemblement des archives existantes et actuellement
éparpillées, lieu de recherche universitaire, lieu de réflexions,
d’animations et de débats.
DiversCités considère que le 10 Mai prochain sera en quelque sorte la
pose de la première pierre de ce futur Mémorial et nous nous en
félicitons.
Pour toutes ces raisons notre Association s’est logiquement intégré
dans le programme officiel et les manifestations qui se
dérouleront autour du 10 Mai prochain.
Nous appelons donc tous les Bordelais et Bordelaises et au-delà, à
venir participer à ces animations autour du 11ème Mémorial de la traite
des noirs et de l’esclavage.
Karfa Diallo
President DiversCités
Slave Trade Memorial European Foundation