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DEPECHE AFP, 4 MAI

L’Europe doit reconnaitre que l'esclavage est un crime contre l'humanité


PARIS, 4 mai 2010 (AFP)

Des historiens et des militants antiracistes vont lancer un appel à plusieurs pays européens pour qu'ils reconnaissent l'esclavage comme crime contre l'humanité, ce qui pourrait ouvrir la voie à une forme d'indemnisation des descendants des victimes.

   La Fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs, ainsi qu'un historien français, Louis Sala-Molins, et un responsable du musée afro-américain de Washington, John Franklin, entendent interpeller par courrier, la semaine prochaine, la Grande-Bretagne , le Danemark, les Pays-Bas, le Portugal et l'Espagne.

   Les gouvernements de ces pays doivent reconnaître le crime et l'injustice constitués par l'esclavage, un siècle et demi après qu'il y fut mis fin, a déclaré à l'AFP président de le Fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs Karfa Diallo.

   Cette démarche est motivée "par une raison symbolique, (il faut) réparer l'oubli de ce crime contre l'humanité", a-t-il estimé, ajoutant que cet appel serait lancé le 10 mai au Sénat français.

   "Il y a une persistance de racisme et de discrimination en Europe. Les jeunes d'origine noire caribéenne ou africaine sont victimes de cela. Et nous savons, les historiens ont démontré cela, que le racisme est né dans cette histoire là", a-t-il poursuivi.

   La France a adopté une loi en 2001 reconnaissant à l'esclavage des populations d'origine africaine le caractère de crime contre l'humanité et l'ex-président Jacques Chirac a fait du 10 mai une journée annuelle de commémoration de l'abolition de l'esclavage.

   "Si on admet que c'est un crime, alors il faut qu'il y ait réparation. Tout crime mérite réparation, mérite châtiment", a estimé Karfa Diallo.

   "Nous militons pour la mise en place d'un fonds international de la mémoire" chargé d'actions éducatives à propos de l'esclavage et géré par les Nations unies, a-t-il aussi affirmé.

   L'organisation de Karfa Diallo avait été créée en 1998 dans la ville de Bordeaux (sud-ouest), un centre français de la traite des esclaves africains. Elle s'est ensuite développée et a forgé des alliances dans plusieurs villes européennes qui, comme Bristol (Angleterre) ou Porto (Portugal), ont tiré profit du commerce des êtres humains.

dc/hr/dp/ag

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ARTICLE PARU dans l'humanite du 03 avril 2010

Donner à la mémoire de la traite toute sa place dans le récit national


Karfa Diallo, président de la Fondation Diverscités, et Lionel Jensac, membre du collectif débaptisons les rues de négriers

Pourquoi débaptiser les noms de rues des négriers ?
« J’appelle négrier, non seulement le capitaine de navire qui vole, achète, enchaîne et vend des hommes noirs… qui même les jette à la mer, mais encore tout individu qui, par une coopération directe ou indirecte, est complice de ces crimes. » Abbé Grégoire, Des peines infamantes à infliger aux négriers.
Le 23 août dernier (Journée internationale du souvenir de la traite des Noirs de l’Unesco), DiversCités, la Fondation européenne du Mémorial de la traite des Noirs lançaient la campagne nationale Débaptiser les rues de négriers, à Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Le Havre et Marseille. Ces villes abritent, en effet, des rues et places qui continuent d’honorer des personnalités qui se sont illustrées dans l’armement de navires, l’achat, la vente et la mise en esclavage d’êtres humains pendant la période du commerce triangulaire.
Déclarée crime contre l’humanité par la conférence internationale de Durban en 2001, par la France avec la loi Taubira et récemment par le Sénégal le 23 mars 2010, la traite des Noirs est la seule entreprise criminelle de cette envergure pour laquelle il n’y a ni châtiment ni réparation.
Cette reconnaissance des enjeux de la mémoire est nécessaire en termes de citoyenneté, de lutte contre l’oubli et les discriminations, mais aussi de combat contre toutes les formes d’esclavage moderne. Elle exprime ici la volonté de vigilance et d’engagement. Alors, pourquoi débaptiser les rues de négriers ?
Pour l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau : « Pour moi, il est évident qu’il faut débaptiser les rues de Bordeaux, de Nantes, de La Rochelle et du Havre qui portent le nom de négriers. Les choix de noms pour les rues sont de nature emblématique, voire symbolique. C’est un maillage de petites célébrations qui est censé conforter les valeurs les plus fondamentales de la nation. Quand on a compris cela, l’insupportable surgit alors… »
La révélation de cet héritage urbain très encombrant pour la plupart des anciens ports négriers a eu un accueil différent selon les villes. Ainsi à Nantes, le maire, Jean-Marc Ayrault, a répondu rapidement à la demande de DiversCités en envisageant la pose de plaques explicatives pour préserver cette mémoire. Cependant, à Bordeaux l’amnésie demeure dans la cité qui honore actuellement le plus d’armateurs (évalués à 25) et où, au mépris du dialogue espéré, Alain Juppé déclare : « C’est absurde… quand va s’arrêter la repentance ? »
En réponse à cela, un collectif indépendant s’est formé dans la lignée des actions de DiversCités. Il a choisi comme nom Débaptisons les rues de négriers pour interpeller l’opinion publique. Son but n’étant pas de supprimer le passé mais bien d’aider à la réparation morale en proposant la pose de plaques explicatives dans les rues désignées. Le mercredi 7 avril, les membres du collectif organiseront leur première action. Ils se réuniront place de la Victoire à Bordeaux à 14 heures afin d’apposer, en parallèle des noms qu’ils désirent mettre en évidence, des autocollants portant le nom d’abolitionnistes célèbres. Par cette action directe non violente médiatisée, ils espèrent sensibiliser l’opinion publique et inciter la municipalité de Bordeaux à s’engager dans le débat sur la reconnaissance de l’histoire de la ville.
Dans notre démocratie représentative, lorsqu’il y a refus catégorique de dialogue de la part des élus vis-à-vis de leurs électeurs, l’action directe des citoyens devient légitime pour faire appliquer le devoir de mémoire qui nous incombe à tous, estiment les membres du collectif. Cette mobilisation, qui n’est pas une entreprise de victimisation ou de diabolisation, est déterminée à donner à la mémoire de la traite des Noirs toute sa place dans le récit national.

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ARTICLE PARU dans courrier international.com du 04 03 2010

Wade veut criminaliser l'esclavage

Courrier international
04.03.2010
C'est une annonce historique que vient de faire le président Wade. Alors qu'il recevait en audience Karfa Diallo, président de DiversCités et ardent promoteur du travail de mémoire sur la traite négrière, le président sénégalais a déclaré vouloir soumettre à l'Assemblée nationale un projet de loi visant à faire de l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Ce serait alors une grande première pour un pays africain : jusqu'à présent, seule la France est allée jusque-là avec la loi Taubira de 2001. Alors que le Sénégal fêtera le 4 avril le cinquantenaire de son indépendance, cette annonce n'est sans doute pas innocente. Elle pourrait bien faire tache d'huile, puisque d'autres anciennes colonies comme le Bénin et le Mali y seraient sensibles, croit savoir le quotidien sénégalais Le Soleil.

esclavage jungleAPS

Diverscités salue la loi sénégalaise déclarant l’esclavage et la traite des Noirs crimes contre l’humanité
29/03/2010 12:00 GMT
Dakar, 29 mars (PS) - La récente adoption par les députés sénégalais d’une loi déclarant la traite des Noirs crime contre l’humanité est une ‘’décision historique’’ qui ouvre des perspectives à d’autres pays du continent, au moment où l’Afrique fête les 50 ans de sa souveraineté, estime Diverscités, Fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs.
"Cette décision historique qui réhabilite la mémoire des Africains déportés et brise l’oubli de cette tragédie par l’Afrique ouvre des perspectives pour les autres pays au moment où le continent fête les cinquante ans de sa souveraineté", rapporte Diverscités dans un communiqué signé de son président Karfa Diallo.
"Le cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal et l’inauguration du Monument de la renaissance africaine constituent une occasion privilégiée pour contacter et convaincre les chefs d’Etat présents de l’opportunité de notre plaidoyer en faveur de la déclaration de la traite des Noirs comme crime contre l’humanité", ajoute le texte.
La Fondation annonce ainsi que dans le cadre de la campagne africaine qu’elle mène pour faire déclarer la traite des Noirs crime contre l’humanité, elle enverra une délégation à Dakar du 29 mars au 5 avril prochain.
Réunis en séance plénière le 23 mars dernier, les députés sénégalais ont adopté à l’unanimité un projet de loi déclarant l’esclavage et la traite négrière, crimes contre l’humanité, faisant ainsi du Sénégal le premier pays anciennement colonisé à prendre une telle disposition législative.
Le garde ses Sceaux, ministre de la Justice Me Al Hadj Amadou Sall, cité dans un apport soumis aux députés, a rappelé que l’esclavage et la Traite négrière ont fondamentalement changé l’ordre économique mondial préexistant à partir du 16-ème siècle, entraînant une modification de l’équilibre géostratégique.
"Par conséquent, le devoir de mémoire impose à tous les peuples d’Afrique et de la diaspora de ne rien laisser tomber dans l’oubli", a dit le ministre, selon le rapport de la commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains.
La France est le seul pays au monde à avoir légiféré en 2001 sur l’esclavage et la traité négrière, avec loi Taubira, du nom de la député guyanaise Christiane Taubira présidente de Walwari (éventail, en amérindien) et candidate du Parti radical de gauche (PRG) à la présidentielle de 2002.
La loi Taubira dispose, en son article premier, que "la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du 15-ème siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité".

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ARTICLE PARU dans le soleil

Karfa Diallo, Président de Diverscités :
« C’est une fierté que le Sénégal soit le premier pays d’Afrique à s’incliner devant la mémoire des victimes de l’esclavage »

soleil

Première Fondation européenne internationale dont l’objectif principal est de promouvoir le travail de mémoire sur la traite des Noirs et la colonisation, DIVERSCITES a tenu un point de presse, hier, à Dakar, pour saluer le projet de loi du président Abdoulaye Wade visant à criminaliser la traite négrière. Dans cet entretien, Karfa Diallo, son président, dit en quoi cette décision du président sénégalais a une portée historique. Et revient, entre autres, sur les intérêts que le monde, mais surtout les pays africains peuvent avoir en déclarant l’esclavage et la traite négrière crime contre l’humanité.
En quoi le projet de loi du président Wade visant à criminaliser la traite négrière a une portée historique ?
C’est une décision historique extrêmement importante pour l’Afrique, pour la diaspora et pour l’humanité. C’est la première fois qu’une République noire s’incline devant la mémoire des victimes de ce crime contre l’humanité. La traite des Noirs est une saignée humaine que le continent africain a subie pendant plus de quatre siècles. Elle explique en partie les difficultés de développement économique et social de l’Afrique. Il nous a semblé important de lancer cette campagne en Afrique qui est absente de ce travail de mémoire. Je dois aussi dire que c’est un sentiment de fierté, en tant que Sénégalais, que mon pays soit le premier pays d’Afrique à s’incliner devant la mémoire des victimes de l’esclavage. Lors de l’audience qu’il m’a accordée, le président Abdoulaye Wade a témoigné de son intérêt renouvelé sur les questions de mémoire, de citoyenneté et de renaissance africaine. Il avait rappelé toutes les initiatives et les actions qu’il a initiées ces dernières années autour de ces questions. Et son projet de loi est d’autant plus important qu’il devrait ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Afrique, de la diaspora et de l’humanité toute entière. C’est une ouverture mémorielle extrêmement importante avec des répercussions concrètes en termes de développement et d’intégration de l’Afrique.
Que compte faire votre Fondation pour que l’exemple du Sénégal fasse tâche d’huile ?
L’exemple de notre pays commence déjà à faire tâche d’huile. Depuis que le président nous a reçus, il y a eu des réactions un peu partout en Afrique notamment au Bénin et au Mali. Les chefs d’Etat de ces pays semblent vouloir aussi ouvrir ce pan de l’histoire de leur pays et du continent. Nous allons continuer à travailler avec les Etats pour que l’exemple du Sénégal fasse tâche d’huile partout en Afrique. N’oublions pas que l’esclavage a également frappé les pays de l’Afrique blanche avec ce qu’on a appelé la traite arabo-musulmane. Et il me semble également qu’une action est menée dans ces pays. Donc, c’est un travail de mémoire, une lutte contre l’oubli. Ce n’est pas un travail de diabolisation encore moins de victimisation, c’est un épisode de notre histoire qui explique notre monde actuelle. C’est la première forme de mondialisation qu’on a connue. Cela permettra sûrement à l’Afrique d’être plus fière de son passé, de sa contribution à un monde de paix et de liberté parce que ces Noirs victimes de l’esclave ne se sont pas courbés. Ils ont résisté et inventé des cultures, des civilisations qui ont changé le monde dans lequel nous vivons.
Concrètement, quels intérêts pour le monde mais surtout pour l’Afrique de déclarer la traite négrière crime contre l’humanité ?
Plusieurs intérêts. D’abord, une réparation de l’oubli. Nous pensons qu’il est fondamental que l’Afrique demande une réparation de ce crime contre l’humanité. Une réparation qui n’est pas forcément monétaire. Elle peut prendre la forme d’aides au développement dont la destination est contrôlée et surveillée. Il y a aussi un intérêt en termes de formation civique. Aujourd’hui, les jeunes ont besoin de savoir comment le monde s’est construit. Quelle a été la contribution de leurs ancêtres à l’édification d’un monde de paix, de liberté et de justice. Autrement, en déclarant la traite des Noirs et de l’esclavage crime contre l’humanité, on permet une véritable action de formation, un humanisme mondial. A cela, il faut ajouter des intérêts en termes de valorisation du patrimoine, d’arguments stratégiques et de dissuasion sur les formes d’esclaves contemporains. Aujourd’hui, il y a un certain nombre de sites de mémoires de la traite des Noirs dans les pays africains. Mais ce sont des sites qui sont laissés en rade. Or, on sait toute l’importance que cela peut avoir de valoriser ces sites pour favoriser l’émergence économique. Gorée est un cas illustratif. L’île attire chaque année des centaines de milliers de touristes qui participent au développement économique de la ville mais aussi du Sénégal. L’argument stratégique va beaucoup aider l’Afrique notamment dans ses discussions au niveau international. Et enfin, criminaliser l’esclavage peut avoir un effet dissuasif dans les pays où on continue aujourd’hui encore à asservir des êtres humains.
Y a-t-il des pays ou institutions qui soutiennent DIVERSCITES dans son action ?

Je dois rappeler que DIVERSCITES est la première Fondation européenne, internationale, qui s’occupe de la question de la mémoire de la traite des Noirs. Il n’y a pas d’autres dans le monde. Parce que justement, cette question a été oubliée. Nous sommes soutenus dans notre action, par l’Unesco dans le cadre du projet « la route de l’esclave ».

Propos recueillis par Abdoulaye Diallo

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ARTICLE PARU dans le Walfadjri du 03 Mars 2010

Afrique: Projet de loi portant reconnaissance
de la traite des noirs comme crime contre l'humanité
- La fondation Diverscités salue l'initiative de Me Wade


walfadjri032010
Avec Alioune Badara Kabo, représentant de DiversCités et Conservateur adjoint
à la Maison des Esclaves de Gorée(Sénégal)

L'appauvrissement durable du continent africain et des Caraïbes, le racisme et la discrimination sont
les manifestations les plus malheureuses imposées aux Noirs partout où ils prennentun envol ou
s'enracinent. Selon la Fondation Diverscités qui veut promouvoir le travail de mémoire sur la traite
des Noirs, l'esclavage et la colonisation, la diaspora ne peut plus s'accommoder de l'oubli du crime
originel. C'est ainsi que la proposition d'un projet de loi dans ce sens au Sénégal
est d'une 'portée historique', selon président Karfa Diallo.

Historique. C'est le terme employé par le président de la Fondation Divercités pour magnifier la décision du chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade, de déposer sur le bureau de l'Assemblée nationale un projet de loi portant reconnaissance de la traite des Noirs et de l'esclavage comme des crimes contre l'humanité.
L'annonce du projet avait été faite le 28 février dernier à travers le communiqué sanctionnant la réunion du Conseil des ministres. Selon Karfa Diallo qui a fait face à la presse hier à Dakar, s'il se réjouit d'une telle décision du chef de l'Etat, c'est parce qu'elle est un combat contre l'oubli et un soutien à l'édification d'une renaissance africaine.
« On n'est ni dans la victimisation à outrance de l'Afrique, ni dans la diabolisation de l'Occident. Il s'agit d'une action de réparation. Un nécessaire travail de mémoire dont l'Afrique ne peut être absent », a expliqué le président de Diverscités. Et même s'il déclare n'avoir pas encore d'échos sur l'évolution de la procédure gouvernementale, M. Diallo se dit optimiste quant à l'aboutissement heureux de ce projet de loi. « Lors de l'audience qu'il m'avait accordée le 23 février dernier, le président Wade, me semble-t-il, a voulu aller vite pour que le projet de loi soit voté », a révélé le président de Diverscités non sans signaler que la plupart des Etats d'Afrique célèbre leurs cinquante ans d'indépendance cette année.
« La décision du gouvernement sénégalais de déposer au Parlement un projet de loi déclarant la traite des Noirs comme crime contre l'humanité constitue une initiative d'une portée sans précédent dans l'histoire des peuples africains et dans l'histoire du droit international », s'est réjoui d'avance M. Diallo d'après qui le Parlement sénégalais sera ainsi le second Parlement au monde, après la France, à faire de la traite des Noirs un crime contre l'humanité.
A l'en croire, cette déclaration servira de « dénonciation de cet usage inhumain qui dégrade l'homme, faisant de lui une bête de somme, un objet sexuel, un déduit, un moins que rien ».
Selon le président de la Fondation Diverscités, depuis l'abolition de l'esclavage il y a 162 ans, très peu d'initiatives sont entreprises en Afrique pour préserver la mémoire des 15 à 20 millions de victimes de l'esclavage quatre siècles durant. Et c'est dans ce sillage qu'il espère que l'exemple du Sénégal fera tache d'huile sur les autres pays d'Afrique.
« En 1804, Haïti qui sera la première République noire, s'est révoltée pour prendre son indépendance, la somme de 150 millions de francs lui a été versée en guise d'indemnité. Et pourquoi pas l'Afrique ? », s'interroge le président de cette Fondation composée d'Africains de la diaspora et basée en France. M. Diallo pense que l'intérêt de la reconnaissance de la traite des Noirs et de l'esclavage est à la fois moral et humanitaire.
Aussi permet-elle de revaloriser certains lieux d'esclavages longtemps laissés en jachères et de servir d'effet dissuasif aux formes d'esclavage qui existent encore dans le monde. Mieux, Karfa Diallo est d'avis qu'on ne peut pas parler de ce passé cauchemardesque sans évoquer la question de la réparation, même si, dit-il, d'aucuns craignent une nouvelle forme de dépendance du Sud par rapport au Nord.


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ARTICLE PARU dans Sudonline.sn du 03 Mars 2010

LA TRAITE DES NOIRS COMME CRIME CONTRE L’HUMANITE
Les plaidoyers démarrent à Dakar avec la fondation DiversCités

sudonline

Dans le cadre de sa campagne africaine pour faire déclarer la traite des noirs crime contre l’humanité, la fondation DiversCités a donné une conférence de presse hier, mardi 2 mars à Dakar.
« La traite négrière a été abolie sur le papier mais dans certains pays de l’Afrique comme la Mauritanie et le Soudan, elle revêt une autre forme ». C’est la conviction du président de la fondation DiversCités Karfa Diallo qui animait une conférence de presse hier, mardi 2 mar à Dakar.
Selon le conférencier, « s’il est vital d’en parler au passé, il est tout aussi urgent de s’en référer au présent. Le moment est venu de raconter à nos enfants l’histoire de ces frères que la tragédie a éloigné et qui pourtant ont été si importants dans notre libération. Le temps est venu de déconstruire le racisme encore présent par la mise en valeur des abolitionnistes qui se sont élevés en Europe contre une ignominie » a-t-il martelé. Et d’ajouter « la traite négrière a freiné le développement des sociétés Africaines. Ce trafic fit du noir une marchandise exposée, vendue, mutilée et a asservi l’Afrique vers le Moyen-Orient et les Amériques essentiellement. Aucune analyse de la situation de l’Afrique et de sa diaspora ne peut être crédible sans une claire lumière des conséquences de ce trafic ».
Aujourd’hui, la fondation se fixe comme défi de réhabiliter leurs ancêtres dans l’humanité. Ainsi, après la décision du Parlement français et du président Jacques Chirac de faire de la traite et de l’esclavage un « crime contre l’humanité » et du 10 mai date officielle de la commémoration et de l’Unesco avec le 23 août comme journée internationale de commémoration de la traite des noirs, les membres de la fondation DiversCités s’intéressent à l’Afrique qu’ils invitent à faire autant.
Ainsi, elle compte réussir sa mission par la contribution à un monde de métissage et de progrès des droits humains. Par là, « nous rétablirons ceux qui subissent encore ce joug. Par la pédagogie, par l’éducation nous pourrons former une génération plus consciente et mobilisée à faire repousser la haine, le racisme et la barbarie ». Ce qui fait que, souligne Karfa Diallo, « l’histoire de nos ancêtres ne peut s’accommoder de l’oubli du crime originel qui la taraude et dont ses nuits sont hantées et son devenir compromis ».
La fondation au cours de son point de presse s’est félicitée de la décision du gouvernement Sénégalais de les accompagner dans leur mission. « Le président Abdoulaye Wade a déposé au Parlement un projet de loi déclarant la traite des noirs crime contre l’humanité. Cela constitue une initiative d’une portée historique sans précédent dans l’histoire des peuples africains et dans l’histoire du droit international » a soutenu Karfa Diallo qui poursuit « que le plaidoyer est placé dans le cadre du cinquantenaire des indépendances Africaines, du III Festival mondial des arts nègres (Fesman) et de la renaissance Africaine ».

par Denise ZAROUR MEDANG

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ARTICLE PARU AU HAVRE DIMANCHE 01 Novembre 2009

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Article de "THE NATIONAL" ( Abu Dhabi)

France urged to scrap street names glorifying slave trade

Last Updated: October 31. 2009 3:01AM UAE / October 30. 2009 11:01PM GMT

PARIS // On board French ships with names that hinted at friendship and freedom, some three million Africans crossed the Atlantic between the 17th and 19th centuries as part of the European slave trade.
Louis XIV regulated the trade, and the father of François-René de Chateaubriand, the founder of French romanticism, was among those who later became heavily involved in it.


For the 18 French ports most closely implicated in the trade, this traffic of human beings is a part of history they would probably prefer to forget. But a campaign run by DiversCités, a group bringing together people of different backgrounds intent on persuading France to recognise more fully its role in Europe’s slave trade, is trying to ensure that they do not.
Today, the group will stage the last in a series of demonstrations aimed at persuading some of those ports to change the names of streets that commemorate the shipowners who profited during an ignoble period of French history.


Having already taken their campaign to Bordeaux, La Rochelle and Nantes – the French port most active in the trade – supporters of DiversCités are in Le Havre to raise public awareness and collect signatures for a petition. Next stop will be Paris, where the group plans to lobby politicians and opinion-makers.
Three years after Jacques Chirac, then president, declared May 10 a national day of remembrance for the victims of slavery, and eight years after the country passed a law declaring the practice to be a crime against humanity, Karfa Diallo, the president of DiversCités, contends the French establishment still has more to do.

Some 90,000 slaves crossed the Atlantic in ships that picked them up on the African coast after sailing from Le Havre. A glance at the Wikipedia internet entry for the bustling Normandy port reveals an impressive list of writers, artists, composers and poets born there, but makes no mention of the slaves whose contributions to the city’s past were somewhat murkier.
Shipowners such as the Eyriés, Lestorey de Boulongne and Begouen families are among those remembered in Le Havre street names that Mr Diallo describes as an affront to the memory of the victims of slavery, their descendants and Africans in general.


“We do not hold present day residents of these ports culpable for what happened in the past,” said Mr Diallo, who comes from Senegal and has lived in France for about 20 years.
“But it is shocking that streets should continue to honour people deeply involved in what is now recognised as a crime against humanity. That crime was committed, no matter what period, and it is a scandal, and quite inexcusable, to commemorate the perpetrators.”


Mr Diallo, 38, is urging decision-makers, from the president, Nicolas Sarkozy, to city mayors, to accept that if France is serious about the integration of its large population of African immigrants, it must make gestures of the sort demanded by DiversCités, also known as the European Slave Trade Memorial Foundation. The group is pressing for monuments to be erected in key ports in acknowledgement of their slave-trading histories.


No city has so far agreed to change a single name. In Bordeaux, which has the greatest number of streets named after slave traders, the campaign has encountered stiff opposition from civic leaders headed by Alain Juppé, the major and a former French prime minister.
They maintain that the families remembered in such locations as rue Saige made many contributions to the city that had nothing to do with human trafficking, and that the cost of a memorial would not be justified given that the city already has a museum dedicated to this aspect of its past.


But Mr Diallo says France has sought glory in its definitive abolition of slavery in 1848 without adequately recognising its role in activities that continued for more than half a century after the French Revolution.
He claims French repentance compares unfavourably with that shown in other European countries, including Britain and the Netherlands, though Tony Blair, then British prime minister, faced criticism in 2007 when he called slavery a “profoundly shameful occurrence …” but stopped short of formally apologising for Britain’s role.


An American historian, Douglas Harper, has noted that as late as 1820, many Europeans were horrified by reports of a chase by a British cruiser that prompted the crew of a French slave ship, La Jeune Estele, to throw overboard barrels that each contained girls aged 12 to 14. French public opinion “blamed the British”, he wrote.
The DiversCités campaign has had a mixed reception in Le Havre. A local newspaper, Havre Dimanche, gave prominence to the issue with extensive coverage across two pages and a montage of front-page images of what the headline called the “streets of shame”.


Perhaps embarrassingly for the town hall, one of the offending streets names in Le Havre honours a former mayor, Jules Masurier, whose fleet of ships used for slave trafficking included one called Philanthropist.
But the mayor, Antoine Rufenacht, a member of France’s ruling centre-right UMP party, has made clear his opposition to the demands presented by DiversCités.
He told the Havre Dimanche that the city had resolved 14 years ago to reject all moves to rename streets, a practice that created “huge inconvenience” for residents.


“I have no intention of raking over the ashes of our city’s past,” he said. “I have little taste for self-examination and repentance.”

Colin Randall, Foreign Correspondent


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Article de SUD OUEST.COM du Mercredi 21 Octobre 2009


Nos ancêtres les négriers

sud
Karfa Diallo (avec le chapeau) aux côtés de Marie-Françoise Elie
et avec l'équipe de DiversCités, sous la plaque Rasteau.
(ph p. COUILLaud )


Bonne ou mauvaise, la conscience n'est jamais neutre. Mais quand elle se dilue dans la responsabilité collective d'une époque ou d'une ville, elle reste souvent muette.
Karfa Diallo et son association DiversCités se sont donné pour mission de réveiller les consciences des villes s'étant enrichies avec le commerce triangulaire. Non pas forcément pour « débaptiser les rues de négriers », comme l'indique de façon un peu provocatrice leur campagne, mais « pour un meilleur respect de la mémoire de ce crime contre l'humanité », explique le militant bordelais.

Il était de passage samedi, place de l'Hôtel- de- Ville à La Rochelle, pour faire signer une pétition en faveur de sa croisade. Quatre villes sont particulièrement visées : Bordeaux, Nantes, Le Havre et La Rochelle.
Quatre villes qui, du fait de leur situation portuaire, ont armé nombre de bateaux vers les côtes africaines et les îles américaines pour échanger de la « marchandise » humaine contre des épices au XVIIIe siècle. <

400 navires

La Rochelle commerçait avec Saint-Domingue. Quelque 400 navires ont été armés et 130 000 Africains arrachés à leur continent et déportés vers Saint-Domingue.

Admyrault, Fleuriau, Rasteau, Gareshé, Giraudeau sont quelques-uns des noms de ces armateurs qui ont fait fortune en vendant des esclaves contre du sucre.

Le problème est que leurs noms figurent sur des plaques de rues ou de squares de La Rochelle : « Je sais bien que pour les rues Giraudeau, Fleuriau et Admyrault, il ne s'agit pas des armateurs négriers mais de leurs descendants. Il n'empêche que la présence de ces noms sur les plaques prête à confusion. On pourrait au moins expliquer qui ils étaient et pourquoi on leur rend ainsi hommage », explique Karfa Diallo.
Concernant le square Rasteau et la rue Gareshé, pas de mystère, il s'agit bien de plaques à la mémoire des armateurs esclavagistes.

Une exposition en 2010

« Et puis il ne faut pas oublier les noms de bateaux qui ont transporté des esclaves : l'Aimable Nanette, l'Armide, l'Archimède... À La Rochelle, il y en a beaucoup qui ont une rue », ajoute Marie-Françoise Élie, Rochelaise qui a longtemps séjourné à la Martinique et a décidé de servir de relais local à DiversCités : « J'ai été mandatée officiellement par Maxime Bono pour organiser un véritable événement sur l'esclavage le 10 mai 2010. Le directeur des archives de Fort-de-France est entré en contact avec celui de Charente-Maritime. »

« On devrait pouvoir organiser une exposition à la bibliothèque universitaire. Les choses bougent, je suis tombée sur des oreilles attentives mais il ne faut pas être pressé », poursuit celle qui a pris les commandes du comité de pilotage pour que La Rochelle retrouve sa mémoire.

« Il y a bien le musée du Nouveau monde, mais il est surtout consacré à l'Amérique du Nord. En fait, à La Rochelle, rien ne rappelle le commerce triangulaire. »

Samedi soir, l'équipe de DiversCités est d'ailleurs allée visiter ce musée. Avant de poursuivre sa croisade vers le Havre. Désormais fondation européenne, l'association travaille également avec Bristol, Amsterdam ou Porto, des villes qui ont déjà fait depuis longtemps leur travail de mémoire sur l'esclavage.

« Mais je ne me contente pas de l'Europe. Cette même démarche, je la fais également au Sénégal. Il y a là-bas de nombreuses familles noires qui se sont enrichies dans le commerce de l'esclavage et dont des rues portent encore le nom sans autre explication. Les négriers n'étaient pas que des Blancs », conclut Karfa Diallo.

Auteur : thomas brosset

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ARTICLE PARU AU HAVRE DIMANCHE 04 OCTOBRE 2009

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Article Journal Le Soleil SÉnÉgal du 12 octobre 2009


A LA MÉMOIRE DE LA TRAITE DES NOIRS :
La Fondation DiversCités demande l’instauration d’une Journée africaine



Engager les parlements africains à déclarer « la traite des Noirs et l’esclavage crime contre l’humanité », demander la réparation effective pour ce crime et débaptiser les rues portant les noms de négriers sont, entre autres, des actions du combat que mène la Fondation DiversCités et son président Karfa Diallo, basés à Bordeaux. En séjour à Dakar, Diallo poursuit son travail d’éducation et de conscientisation pour l’instauration d’une Journée africaine à la mémoire de l’esclavage des Noirs.
Après Bordeaux, le 23 août dernier, Karfa Diallo, président de la DiversCités, Fondation européenne du Mémorial de la traite des Noirs, a annoncé, samedi à Dakar, la campagne africaine « Débaptiser les rues de négriers ». Selon M. Diallo, cette Campagne est l’occasion de militer pour que le Sénégal déclare la traite des Noirs, crime contre l’humanité, par l’instauration d’une Journée africaine en mémoire de la traite des Noirs. « Ce travail de mémoire est indispensable pour réaliser l’unité entre l’Afrique et sa diaspora sur cette commune conscience d’un destin qui fut incontestablement tragique », a estimé le président de la Fondation DiversCités. Avec à ses côtés, Léonard Eklou Komini, le représentant de l’antenne togolaise de cette campagne, Karfa Diallo a confié qu’au Sénégal, un courrier a été envoyé au président de la République et aux parlementaires. A travers plusieurs actions, la Fondation DiversCités veut faire déclarer par les parlements africains que la traite des Noirs et l’esclavage sont des crimes contre l’humanité et demander la réparation effective pour cela, soutenir l’Ecole des Mémoires pour faire le travail d’éducation et de conscientisation nécessaire et oeuvrer pour une Journée africaine en mémoire de la traite des Noirs et de l’esclavage. Si la France, remarque le président de la Fondation DiversCités, a su reconnaître la traite des noirs comme un crime contre l’humanité, l’Afrique reste quasiment absente du travail de mémoire sur la traite des Noirs, l’esclavage et ses conséquences contemporaines. Ainsi, par son combat contre l’oubli de la traite des Noirs, DiversCités affirme la nécessité d’une nouvelle conscience à la liberté et aux droits humains, ceci par la valorisation de l’apport des populations issues de l’histoire coloniale.
Basée à Bordeaux, DiversCités est une organisation reconnue par l’Unesco et engagée dans le travail de mémoire pour rendre la démocratie plus forte en partageant nos mémoires afin d’ouvrir le futur à tous. L’organisation propose, depuis une dizaine d’années, diverses publications, des interventions en milieu scolaire et extrascolaire, ainsi que l’organisation de manifestations scientifiques et culturelles.

Omar DIOUF


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Article Journal SUD QUOTIDIEN 12 octobre 2009


La Fondation « Diverscités » invite le Sénégal à criminaliser la traite négrière



Pour la journée internationale du souvenir de la traite des Noirs qui a été célébrée le 23 août, « diverscités », une fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs a organisé avant-hier, samedi 10 octobre, une conférence de presse dans un restaurant de la place. Cette rencontre entre dans le cadre d’une campagne dont l’objectif est de militer pour que le Sénégal déclare la traite des noirs comme crime contre l’humanité. Mais aussi pour l’instauration d’une journée africaine en mémoires de la traite des Noirs.
Criminaliser la traite négrière, c’est l’objectif recherché par la « Fondation Diverscités » qui a organisé avant-hier une conférence de presse à Dakar. Cette rencontre entre dans le cadre de la campagne africaine « débaptiser les rues, places ou monuments qui honorent les négriers africains » menée par ladite fondation. L’objectif est de militer pour que le Sénégal déclare la traite noire comme crime contre l’humanité. Mais aussi pour l’instauration d’une journée Africaine en mémoires de la traite des noirs.
Karfa Diallo, président de Diverscités, de passage à Dakar, a annoncé que « les députés des pays d’Afrique doivent voter une loi qui établit que l’esclavage est un crime contre l’humanité ». C’est sur cette base que les parents des victimes de cet acte, qui a fait plus de vingt millions de déportés, pourront être dédommagés. Sur cette même lancée, M. Diallo prône une meilleure conscientisation des Africains sur les sur les maux provoqués par cette commerce des esclaves noirs.
Pour cela, il faudrait, selon lui, « promouvoir le travail de mémoire sur la traite des noirs, l’esclavage et la colonisation, sensibiliser les populations au respect de la diversité et instaurer une journée africaine en mémoire de la traite négrière ». Avant d’ajouter que « certaines rues qui portent des noms d’esclavagistes doivent être rebaptisées ». Cela, soutient t-il, au profit des résistants ou héros qui ont pour noms Lat- Dior Diop au Sénégal, Samory Touré pour la Guinée ou encore de Béhanzin au Bénin.

Lorsqu’il évoque de dédommagement, Karfa Diallo souligne que « les responsables de ce crime contre l’humanité doivent à l’Afrique une réparation juridique » Pour sa part, Leonard E Komini, représentant de la fondation Diverscités au Togo, est revenu sur la manière dont la réparation doit être établie. « Les dirigeants de l’Afrique doivent mettre en place une cellule chargée de mettre un projet de développement avec ces frais de réparation ». À propos des actions menées par la Fondation diverscités, Leonard E Komini informe qu’ « une campagne nationale, par la mise à disposition d’une lettre aux chefs d’Etat, aux députés, aux maires et une campagne pour débaptiser les rues qui portent les noms des esclavagistes » figurent parmi les actions déjà entamées par les membres de la fondation.

Aïssatou DOUCOURE


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In Refined Bordeaux, a Struggle To Confront Slave-Trading Past

Karfa
Karfa Diallo has been rebuffed in his bid to have the French town rename
streets named for families of slave traders. (By Edward Cody -- The Post)

Although many people in this cosseted capital of fine wine and good living do not know it -- and do not want to know -- Saige Street is named for a family whose forbears were part of the slave trade that helped make Bordeaux a rich commercial center as far back as the 18th century.

Karfa Diallo, who migrated from Senegal two decades ago, wants to change that.

To the chagrin of many here, he organized a group, the European Slave Trade Memorial Foundation, several years ago to pressure City Hall to erect a monument commemorating Bordeaux's past as a slavery hub. And this month he set out to get Bordeaux to rename Saige Street and the two dozen other arteries that honor the families of prominent human traffickers of the past.

The campaigns have met with rebuffs from Mayor Alain Juppé and his team, who argue that the memorial would cost too much and that the street names honor families that, over the years, made many contributions to civic life. In addition, Juppé's administration recently opened an exhibit in the local museum dedicated to the city's slave-trafficking history.

But for Diallo and his backers, the mayor's stand reflects an underlying reluctance among most of the population to confront the darkest chapters of Bordeaux's past. The slave trade and its contribution to Bordeaux's blossoming, he said, present an awkward challenge to the city's cherished reputation as a paradigm of bourgeois comfort, exquisite taste and historical pedigree.

"They are so concerned about that image that they can't bear to talk about their slave-trading past," Diallo said in an interview over coffee in one of the preserved squares that have earned Bordeaux a place on the UNESCO list of World Heritage sites.

France, like the United States and other nations, has long struggled with the unsavory parts of its history. After decades of playing down the country's role in persecuting Jews during World War II, for instance, the government only in the past 15 years has openly acknowledged its responsibility; the issue now is freely discussed in French literature, movies and academia.

Similarly, the French Parliament declared slavery a crime against humanity in 2001. Since then, officials have more clearly recognized France's role in the promotion of slave trafficking during the days of government-subsidized triangular trade between Africa, America and Europe. Jacques Chirac, as president in the 1990s, formally condemned as "unacceptable" what was done to the thousands of Africans hauled off to work in the sugar-cane fields of what is now Haiti.

Bordeaux was France's second-largest slave port in those times, sending out about 500 ships to ply the slave trade. That was about a third of those dispatched from Nantes, which was the country's largest slaving hub, where Diallo also is trying to have street names changed.

Diallo, 38, who studied law and political science at the University of Bordeaux, said he first became outraged at the city's approach to that history during observances in 1998 of the 150th anniversary of the abolition of slavery in France. Hailing from a country whose Goree Island was the departure point for thousands of slaves, he was upset to see French people "basking in the glory of having abolished slavery," he said, without discussing their nation's role in the practice and the slave revolts crushed by French soldiers in bloody crackdowns.

The Universal Declaration of Human Rights that was a triumph of the 1789 French Revolution, for instance, was not so universal that it applied to slaves in the French colonies, he noted. Although revolutionary governments criminalized the slave trade, he said, it was made legal again a few years later under Napoléon Bonaparte. And when Haiti's slaves rose up, their leader was captured and brought to France to die, while Paris demanded millions of dollars in gold from the newly independent nation as the price of freedom from slavery.

Diallo said that when he attempted to organize demonstrations to attract attention to the cause, police agents tried to talk him out of his plans. And when he went ahead anyway, city fathers reacted with anger, saying he was sullying Bordeaux's name by dragging up dirt from the past.

Diallo ran for city council in 2001 at the head of a nonpartisan list, but he and his fellow candidates drew only four percent of the vote. That was not enough to earn seats on the council, he said, but enough to win more attention for his cause among the city's 236,000 residents.

In response, City Hall named a committee of officials, historians and others to study whether something should be done. Four years ago, the panel recommended building the slavery memorial, which Diallo's group estimated would cost $3.6 million. But Juppé, who had been outside France during the committee's deliberations, was reelected and promptly vetoed the memorial proposal, arguing that it was an unwise way to spend city funds.

The slave trade was legal at the time it was carried out, city officials argued. In addition, Anne Brézillon, Juppé's aide in charge of diversity issues, said the street names under attack by Diallo refer to Bordeaux families of longstanding prominence, not just their slave-trading ancestors.

"It's true Bordeaux has a slave-trading past," she said in a telephone interview from West Africa, where she accompanied Juppé on a four-day swing this week. "That's a fact. You can't deny it. But with the street names, you are talking about a family, not a single person. The mayor does not want to stigmatize those families."

At the same time, Juppé's administration presided over the construction of the 8,600-square-foot exhibit in the regional Aquitaine Museum, which opened in May. Showing the city's history in this way is better than just erecting a memorial in any case, Brézillon said.

A guide taking a group of tourists through the exhibit this week emphasized that most of Bordeaux's 18th-century trade with America was direct, without a stop in Africa to pick up slaves. In front of a drawing showing slaves stacked in a ship hold like cordwood, she pointed out that slaves represented a large investment for ship owners and, as a result, were allowed to take exercise on the upper decks to preserve their health during the long journey across the Atlantic.

By Edward Cody Washington Post Foreign Service
Saturday, September 26, 2009


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Article de OUEST FRANCE  21 septembre 2009

« Les Nantais sont sensibles au passé négrier »



Samedi après-midi, place du Commerce à Nantes. Les membres de DiversCités font signer une pétition pour débaptiser les rues évoquant la traite négrière. 

C'est ce qu'a constaté le Bordelais Karfa Diallo qui milite pour débaptiser les rues évoquant la traite négrière. La pétition a recueilli samedi 300 signatures.

Il parle inlassablement de « ces 20 millions de noirs déportés », du « Code noir de Colbert », de « la soumission de tous ces gens qui a duré 350 ans ». En ce samedi après-midi, place du Commerce à Nantes, le Bordelais Karfa Diallo explique à qui veut l'entendre le combat de l'association DiversCités qu'il préside « Ouvrir le débat sur ces rues qui honorent les négriers. » Pas de tribune, mais des face-à-face avec les passants afin de les convaincre de signer cette pétition pour débaptiser ces rues. À ses côtés, d'autres membres de DiversCités mais aussi de l'association nantaise Regards croisés (1).
Descendants de négrier et d'esclave
Écoutes souvent attentives. Animées parfois. Compréhensives aussi. Comme celle de Pierre Guillon. Qui lâche « Je suis descendant de négrier. » « Et moi descendant d'esclave », répond Karfa Diallo. Respect entre les deux hommes. Pierre Guillon « Un crime contre l'humanité ? Je ne crois pas que les négriers en avaient conscience. Comme aujourd'hui... Regardez le capitalisme et les suicides dans le monde du travail. » Il ajoute « Je ne suis bien sûr pas responsable de ce qu'ont fait mes ancêtres, mais il n'empêche, je suis favorable au devoir de repentance. Et donc à des plaques explicatives sous les noms de rues. » Dont celle qui porte son nom. Karfa Diallo « On appelle à débaptiser car c'est plus porteur médiatiquement. Mais l'idée d'une plaque explicative peut être tout à fait retenue. »
Karfa Diallo sourit et demande « Vous signez la pétition ? » Pierre Guillon hésite : non, il n'apposera pas son nom, pas aujourd'hui tout au moins, mais promet d'aller sur le site de DiversCités, d'y réfléchir. Karfa Diallo veut le croire.
Autre rencontre. Débat plus vif cette fois. Avec Benoît Hitier, « descendant de Saint-John Perse », ce poète et diplomate né en... Guadeloupe. « On n'est pas mieux que nos ancêtres. Le monde n'a pas évolué. » Karfa Diallo, sèchement « Si, car au XVIIIe siècle, je n'aurais pas pu discuter avec vous qui êtes blanc. » Benoît Hitier « Peut-être, mais l'esclavage continue. En Chine ou ailleurs. » Karfa Diallo encore et toujours « Vous signez la pétition ? »« Oui, même si je suis dubitatif. »
Benoît Hitier sera l'un des 300 Nantais à avoir signé ce samedi. « On voit que le travail de sensibilisation des associations et de la municipalité a porté ses fruits, assure Karfa Diallo. Contrairement à Bordeaux, le passé négrier est connu ici. »

Jean-François MARTIN.

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OUEST FRANCE   19 septembre 2009

Passé négrier : polémique autour d'une pétition - Nantes


Karfa Diallo est aujourd'hui à Nantes. Le président de l'association « DiversCités » souhaite que les rues évoquant le passé négrier de la ville soient débaptisées. Une pétition circule.
Entretien
Karfa Diallo, président de l'association bordelaise DiversCités très active sur les questions de la traite négrière.

Vous aviez adressé, en août, un courrier, aux maires des quatre ports historiquement liés au trafic triangulaire : Nantes, Bordeaux, Le Havre et La Rochelle. Vous leur demandiez de débaptiser toutes les rues évoquant le passé négrier de ces villes. Vous ont-ils répondu ?
Seul Jean-Marc Ayrault nous a répondu longuement (N.D.L.R. : voir ci-contre). Son courrier nous est parvenu cet après-midi (N.D.L.R. : vendredi). Les trois autres n'ont pas daigné le faire. Mais Alain Juppé, maire de Bordeaux, nous a fait savoir, via l'AFP, que notre démarche était absurde.
Et que vous répond Jean-Marc Ayrault ?
Il ne pense pas que débaptiser certaines rues de Nantes soit la réponse appropriée. Il estime au contraire qu'elles doivent garder leur nom, comme la marque d'un passé historique, aussi sombre soit-il, qui doit être accepté et expliqué à tous les Nantais. Jean-Marc Ayrault annonce aussi la création prochaine d'un parcours urbain autour des traces multiples de l'histoire négrière de Nantes. Avec une signalétique historique sur les principaux lieux emblématiques.
Cette réponse vous convient-elle ?
Oui et non. Oui, car le débat est enfin lancé. Nantes ne pouvait pas en faire l'économie. Et ce qu'annonce Jean-Marc Ayrault est très encourageant. Inespéré même. J'espère que ses collègues maires des trois autres villes imiteront cette démarche. Il n'empêche : nous souhaitons toujours aller plus loin. Il n'est pas normal que des personnes ayant participé à ce sombre commerce aient toujours l'honneur d'avoir une rue qui porte leur nom. Ils se sont rendus complices de crime contre l'humanité.
N'êtes-vous pas injuste avec Nantes qui regarde déjà son passé négrier en face depuis deux décennies ?
C'est vrai, Nantes a été pionnière. On ne peut pas oublier l'exposition sur les Anneaux de la Mémoire, les salles consacrées à l'esclavage dans le musée du château des Ducs ou le projet de Mémorial sur l'abolition de l'esclavage. Et Nantes conserve beaucoup d'avance sur des villes comme Bordeaux ou Le Havre. La réponse de Jean-Marc Ayrault prouve que sa ville continue d'oeuvrer pour ce nécessaire devoir de mémoire.
Vous recensez onze rues à débaptiser à Nantes. Certaines n'ont pourtant pas grand-chose à voir avec la traite négrière... Bourgault-Ducoudray était, par exemple, un musicien... fils d'armateurs né en 1840...
Peut-être. Nous avons tiré nos renseignements d'ouvrages pourtant sérieux. Mais il faudra bien entendu que des historiens se penchent sur la question...
Beaucoup d'associations nantaises, comme Mémoire d'Outre-Mer ou Métisse à Nantes, ne semblent pas vous suivre...
Effectivement, il y a un débat, y compris au sein de l'association DiversCité que je préside. Nous devons rencontrer ces associations samedi matin. Nous allons leur expliquer notre démarche et elles trancheront. Il faut débattre, toujours débattre.
Votre pétition est toujours d'actualité ?
Plus que jamais. Nous rencontrerons les Nantais qui le souhaitent samedi après-midi (N.D.L.R. : à partir de 15 h 30) rue Kervégan sur l'Île Feydeau. Un endroit symbolique... Notre objectif est de recueillir 10 000 signatures par ville. À Bordeaux, nous en avons déjà obtenu 3 000 en quelques journées. Nous irons à la Rochelle à la mi-octobre.

Recueilli par Joël BIGORGNE.

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En 1993, la rue Alexis-Carrel est dÉbaptisÉe - Nantes

« La rue Alexis-Carrel n'habite plus à l'adresse indiquée » : le 13 décembre 1993,Ouest-France rapporte la décision du conseil municipal de Nantes de débaptiser le boulevard Alexis-Carrel à Bellevue. Il s'appellera désormais boulevard Jean-Moulin, du nom du fondateur du Conseil national de la Résistance. Tout un symbole. Alexis Carrel, prix Nobel 1912 de médecine, s'était distingué également... par ses thèses eugénistes et son idéal de société fondé sur la sélection biologique des individus. C'est le seul cas de rue débaptisée pour raisons politiques.
Depuis des lustres, l'écrivain Louis Oury demande également que la municipalité débaptise la rue Gaétan-Rondeau, ancien maire de Nantes, nommé par Vichy pendant la dernière guerre. Jean-Marc Ayrault n'a pas donné suite.




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Article du jdd du 13 septembre


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Article de Ouest France.fr du 04 septembre

Une pétition pour « débaptiser les rues de négriers »



Chaque année, une marche de mémoire est organisée quai de la Fosse pour se souvenir de la traite
négrière qui a fait la fortune de Nantes au XVIIIe siècle. : Archives

L'association DiversCités a recensé une dizaine de rues faisant référence au passé négrier de Nantes. Elle demande qu'elles soient débaptisées.
Les fantômes du port de Nantes dorment quai de La Fosse. C'est là, sur ce quai léché par les marées du fond de l'estuaire, que les anneaux de fer ont amarré des centaines de bateaux négriers en partance pour l'Afrique. Plus de 400 000 esclaves achetés sur les côtes africaines, puis déportés vers les Antilles. Un commerce de la honte qui a enrichi une partie de la bourgeoisie locale. Les Grou, les Montaudouin, les Gabriel Michel ont bâti des fortunes colossales sur la traite négrière.
À Nantes, plusieurs rues portent le nom de ces armateurs. Et un nombre considérable d'immeubles et de résidences rappelle, dans le centre-ville, ce douloureux passé.

« Apologie de crime contre l'humanité »

Dimanche dernier, Journée internationale du souvenir de la traite des noirs, l'association bordelaise DiversCités a adressé un courrier aux maires des quatre villes françaises historiquement liées au commerce triangulaire : Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Nantes. Plusieurs associations comme Mémoire d'Outre-Mer et Les Anneaux de la mémoire sont également destinataires.
« Le travail de mémoire sur cette histoire tragique est nécessaire pour favoriser l'intégration socioculturelle dans nos villes et lutter contre le racisme, leur écrit Karfa Diallo, le président de l'association. Dans cette perspective, une réflexion sur la signalétique urbaine s'avère indispensable. Nos villes abritent effectivement des rues, avenues, places qui continuent d'honorer des personnalités qui se sont illustrées dans l'armement de navires, pour effectuer la traite et l'esclavage dans les colonies d'Amérique. Faut-il débaptiser ces rues ? Ou faut-il y adjoindre une plaque explicative ? Le débat doit avoir lieu. Et une pétition va circuler. L'existence de ces rues peut en effet être qualifiée d'apologie de crime contre l'humanité. »

À Nantes, onze rues ou avenues sont dans le collimateur de DiversCités : les rues Grou, Leroy, Colbert, Berthelot, Terrien et de La Fosse. Les avenues Bourgaud-Ducoudray, Guillon et Millet. L'impasse Baudoin. Et le chemin Bernier.

Thérapie de groupe

Un recensement parfois inattendu voire curieux : pourquoi incriminer le compositeur Bourgaud-Ducoudray né en... 1840 dans une famille d'armateurs ? Ou encore le chimiste Berthelot né... en 1827 ? Pourquoi évoquer Colbert dont une légende tenace veut qu'il soit l'auteur du Code noir ?
Provocation gratuite ? « Notre démarche, faut-il le rappeler, ne vise nullement à culpabiliser ou diaboliser une quelconque municipalité ou famille, lance Karfa Diallo.Mais cette campagne est nécessaire. Les hommes politiques locaux ne s'investissent que sous la pression militante... quand ils n'ont plus le choix. »
Les associations nantaises destinataires du courrier, dont certaines sont partenaires de DiversCités, sont sceptiques sur le bien fondé de la démarche (lire ci-contre).
Quant à la mairie, elle n'a pas encore réagi officiellement. Mais on sent poindre dans les couloirs un léger agacement : Nantes n'a pas attendu DiversCités pour commencer une thérapie de groupe. « La ville n'est plus malade de son passé négrier, explique-t-on dans l'entourage du député-maire Jean-marc Ayrault. Elle l'affronte même aujourd'hui courageusement... Il ne faut pas oublier la fameuse exposition des « Anneaux de la mémoire », qui a accueilli 400 000 visiteurs en 1992. Le musée du Château consacre quelques salles à cet odieux trafic. Et puis la ville s'apprête à inaugurer (N.D.L.R. : en 2011) le Mémorial à l'esclavage du Polonais Krzysztof Wodiczko sur le quai de La Fosse... Alors, débaptiser les noms de rues, ça paraît bien superficiel. »

Dossier réalisé parJoël BIGORGNE.

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Article de SudOuest.com du 24 août 2009

BORDEAUX, Signalétique. 
DiversCités lance une campagne pour débaptiser les rues honorant les négriers



Une pétition circule actuellement pour débaptiser un certain
nombre de rues portant les noms de négriers. (Photo O. D.)


Hier, l'organisation DiversCités a donné le coup d'envoi d'une nouvelle campagne nationale intitulée « Débaptisez les rues de négriers ».
Posté à l'angle de la rue Balguerie-Stuttenberg et de la place Picard, son président, Karfa Diallo, a fait signer une pétition en expliquant les raisons de sa démarche aux passants. « À Bordeaux, on dénombre une trentaine de rues qui honorent des armateurs ou des financiers s'étant enrichis grâce à la traite des noirs. Il est important de s'interroger sur les références qu'on donne à voir dans nos villes. Cela passe par une véritable réflexion sur la signalétique urbaine. Notre souhait est de la rendre plus conforme aux valeurs de progrès et d'humanisme social. »

Inauguration symbolique
Karfa Diallo a donné le ton en inaugurant hier matin, de manière symbolique, une nouvelle plaque sur le cours Balguerie-Stuttenberg. Le choix du 23 août pour lancer cette campagne n'est pas le fruit du hasard, cette date correspond à la Journée internationale du souvenir de la traite des noirs de l'Unesco.
À la rentrée, DiversCités interpellera individuellement les élus locaux sur cette question, en espérant la faire inscrire à l'ordre du jour du Conseil municipal.

Karfa Diallo reconnaît qu'il y a eu dernièrement une évolution de la conscience collective à Bordeaux, marquée notamment par l'ouverture de quatre salles permanentes au Museé d'Aquitaine sur la traite et l'esclavage. « Il s'agit aujourd'hui de boucler la boucle », ponctue- t-il.
Tablant sur 10 000 signatures, le président de DiversCités se fixe jusqu'au 10 mai 2010, date de la Journée nationale des mémoires de la traite négrière, pour réussir son pari. Outre Bordeaux, la campagne est relayée par d'autres associations à Nantes, La Rochelle et au Havre qui furent aussi d'anciens ports négriers.

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Article du Journal le Monde du 11 mai 2009

Commémoration de l'abolition de l'esclavage

statues

BORDEAUX (Reuters) - Ville d'accueil de la journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage, Bordeaux a pour la première fois dimanche assumé solennellement son passé de port négrier en inaugurant au musée d'Aquitaine un espace permanent consacré à l'esclavage.

A l'occasion de la Journée nationale en mémoire des victimes de l'esclavage instituée en 2006, trois membres du gouvernement, dont la ministre de l'Intérieur, sont venus assister à ces cérémonies sans précédent dans ce port atlantique enrichi par le commerce des esclaves africains.

Michèle Alliot-Marie a estimé que la démarche allait au-delà d'une simple reconnaissance des fautes et souhaité faire de Bordeaux le "symbole de l'espoir et de la réconciliation".

Notoirement hostile à la démarche consistant à reconnaître un passé historique obscur, quel qu'il soit, ce qu'il fustige comme une "repentance", le président Nicolas Sarkozy n'a pas participé aux cérémonies, ni à Bordeaux, ni ailleurs.

Parlant de "faute politique", le Conseil représentatif des associations noires (Cran) s'est interrogé dans un communiqué sur la signification de cette absence et "sur le refus systématiquement opposé par l'Etat à sa demande d'une grande action culturelle populaire en mémoire de l'esclavage".

Pour le port prospère que fut Bordeaux entre le XVIIe et le XIXe siècle, le commerce dit "triangulaire" représenta un apport non négligeable à la richesse de ces familles dont certaines ont donné leur nom à des artères de la ville.

Il consistait pour les marchands à se rendre d'abord en Afrique pour y embarquer des esclaves africains, de gagner de là l'Amérique pour les vendre, avant de revenir en Europe avec des navires chargés de denrées négociables.

Depuis son arrivée à la mairie en 1995, l'UMP Alain Juppé a avait engagé ce qu'il a baptisé ""la politique de la juste mémoire", et pris diverses initiatives, inaugurant un buste de Toussaint Louverture, premier Noir devenu chef d'Etat d'un pays à s'être libéré de l'esclavage à Haïti sous Napoléon 1er.

"JUSTE MÉMOIRE"

L'inauguration de l'exposition permanente du musée d'Aquitaine consacrée au "commerce triangulaire" et à l'esclavage, avec Michèle Alliot-Marie, Christine Albanel, ministre de la Culture, et Yves Jego, secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, se voulait comme un aboutissement.

"L'histoire a placé la capitale d'Aquitaine, comme d'autres ports de la façade Atlantique, au coeur du commerce triangulaire. Aujourd'hui, Bordeaux est synonyme et symbole de l'espoir et de la réconciliation", a dit Michèle Alliot-Marie.

"La mémoire des injustices passées ne se réduit pas à la reconnaissance des fautes, aux regrets tardifs. La mémoire n'est rien si elle n'est pas dans le même temps une prise de conscience. On se grandit à regarder son passé en face, en assumant ses parts d'ombre, en rejetant la tentation de l'oubli", a-t-elle ajouté.

Le musée d'Aquitaine a consacré 750 m2 et quatre salles au sujet, un premier résultat approuvé par DiversCités, une association bordelaise qui avait longtemps contesté la volonté d'Alain Juppé en ce domaine.

Son président, Karfa Diallo, continue cependant de militer pour la création d'un véritable "Mémorial de la traite des noirs.

Les historiens estiment à au moins 4.220 le nombre d'expéditions négrières organisées par la France sur l'ensemble de la période historique. Le premier port négrier fut, non pas Bordeaux, mais Nantes avec 1.744 expéditions, soit plus de 41% du total.

Bordeaux a pris la deuxième place avec 419 navires transportant entre 130.000 et 150.000 Africains vers les Antilles, La Rochelle (Charente-Maritime) et Le Havre (Seine-Maritime) complétant "le quatuor majeur de la traite", selon l'historien Eric Saugera.

Dix-huit autres ports de la Manche, de la Méditerranée et de l'Atlantique, participèrent à ce commerce.

 

Edité par Thierry Lévêque et Jean-Loup Fiévet - Claude Canellas - Le Monde


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ARTICLE PARU dans Granma le 14 Janvier 2009

Haïti et la route de l’esclavage


Un accord de l’UNESCO demande aux ministres de la Culture de célébrer l’abolition de l’esclavage tous les 23 août. La France et la communauté internationale sont appelées à fêter cet événement en cette année 2009, au milieu d’autres commémorations significatives

Gabriel Molina


EXACTEMENT 205 ans après l’émancipation d’Haïti, il convient de mette à l’honneur ce pays qui, le 1er janvier 1804, a été le premier de toute la région à accéder à l’indépendance.
Le libérateur Toussaint-Louverture symbolise à la fois l’abolition et la Révolution française (qui fêtera ses 220 ans le 14 Juillet) ; celle-ci était à son apogée lorsqu’elle inspira à Saint-Domingue, devenu Haïti, la rébellion des esclaves, mais fut ensuite trahie dans ses principes mêmes par Napoléon Bonaparte 

Karfa Diallo et Patrick Serres, président et secrétaire général de l’association  DiversCités, créée en France il y a dix ans pour combattre la profonde amnésie qui entoure la colonisation et la route de l’esclavage, se sont proposés d’amener la ville de Bordeaux à reconnaître que sa richesse est née essentiellement du trafic d’esclaves, qui s’est poursuivi malgré la Révolution française.

Le souvenir du héros haïtien, fils d’un esclave venu du Dahomey (aujourd’hui, le Bénin) qui dirigea la seule et unique rébellion d’esclaves triomphante de l’histoire contemporaine et la deuxième défaite du colonialisme en Amérique latine, reste vivant dans ce qui fut sa cellule de Fort de Joux, dans les collines de Lorraine, en Franche-Comté.

Bien qu’esclave, Louverture apprit à lire et à écrire. Cocher de son métier, il devint si bon cavalier qu’on le surnommait le « Centaure de la savane ». En 1791, il rejoignait les rangs de la rébellion à l’âge de 48 ans. Il fut choisi pour négocier - sans succès - avec les propriétaires  qui récupéraient du terrain. Toussaint eut alors l’idée de pactiser avec les Espagnols qui, alliés aux Anglais, contrôlaient la côte est de l’île d’Hispaniola, puis il conquit ses galons de général. Le 29 août 1793, pressentant une invasion anglaise, l’Assemblée nationale de Paris proclamait l’abolition de l’esclavage, déclarant que « les esclaves noirs seraient désormais libres s’ils embrassaient la cause ». Louverture rompit alors avec l’Espagne et passa dans le camp français avec 4 000 de ses hommes. Il lui fallut deux ans pour vaincre les troupes espagnoles, et trois de plus pour se débarrasser des 60 000 envahisseurs anglais. Selon les chroniqueurs, il trouva un allié dans les Etats-Unis, alors présidés par Alexander Hamilton. Il en profita pour stimuler le développement de la production agricole et le commerce avec la jeune république américaine. Il réduisit la durée de la journée de travail (à neuf heures) pour la première fois dans l’histoire et donna aux travailleurs le droit au quart des revenus. Mais Jefferson gagna les élections de 1800 et assuma la présidence étasunienne le 4 mars 1801. Lui-même esclavagiste, il fit savoir à Talleyrand qu’il pourrait livrer à la France tout ce qu’il lui faudrait pour reconquérir Haïti. A la fin de sa guerre contre l’Angleterre, Napoléon put compter sur les deux armées anglo-saxonnes pour se lancer sur la petite île des Caraïbes.

LA RESTAURATION DE L’ESCLAVAGE

L’empereur arma une flotte énorme en 1802 et l’envoya envahir Haïti sous le commandement du général Victor Emmanuel Leclerc, l’époux de sa sœur Pauline. Il s’agissait de désarmer les Haïtiens, de déporter Toussaint et de restaurer l’esclavage.  Le général noir fut invité à monter à bord d’un des bateaux pour négocier, il fut arrêté sur place puis conduit à Fort de Joux, où on le retrouva mort peu de temps après, le 7 avril 1803, « assis, la tête appuyée conte la paroi de la cheminée ».

Diallo, d’origine sénégalaise, estime que la révolte des esclaves de Saint Domingue signa l’échec du système et motiva l’exaspération de Bonaparte. « Certains disent que Napoléon agissait sous l’influence de sa femme Joséphine, fille d’une riche famille de planteurs de Martinique, les Tascher de la Pagerie. En fait, il obéissait à des raisons économiques et plus spécifiquement aux pressions  de colonialistes influents, dont ceux de Bordeaux.

La traite et l’esclavage ne furent abolis définitivement qu’en 1848. « Mais le système se perpétua  dans un cadre différent », assure Karfa Diallo.
Patrick Serres rappelle pour sa part qu’à la fin du 18e siècle, alors même qu’il était interdit par l’Etat français d’armer des navires à cette fin, la traite se poursuivait depuis la ville cossue du sud-ouest de la France. « Il en reste d’ailleurs, sur place, des traces visibles, ne serait-ce que dans les noms des rues », fait remarquer la chercheuse Danielle Petrissans-Cavalles.

 « On est en droit de parler d’amnésie volontaire. La richesse et la beauté de ses belles demeures sont généralement attribuées à la manne vinicole et au commerce avec les colonies. On en profite pour oublier, volontairement, que cette prospérité est aussi liée au trafic négrier. » 

Diallo ajoute que les autorités de Bordeaux protestèrent contre l’arrivée des premiers esclaves. Mais elles ne tardèrent pas à concéder aux armateurs les primes attribuées par l’Etat français au profit du prétendu « commerce avec les pays d’Amérique ». Ces aides qui en fait finançaient un véritable génocide se maintinrent au-delà de la première initiative de la Révolution française contre l’esclavage, contenue dans la Déclaration des droits de l’Homme. Les armateurs bordelais possédaient de riches plantations dans les Antilles et envoyèrent leurs représentants à la Convention de Paris pour convaincre l’Assemblée que l’esclavage relevait essentiellement de l’entreprise coloniale et que l’égalité proclamée en 1789 ne concernait que la métropole et en aucun cas ses colonies. Le même stratagème fut repris par l’Espagne en ce qui concerne Cuba.

 « A cette époque, on ne savait pratiquement rien des Noirs. La nouvelle qu’ils avaient créé un Etat et réduit à néant tout un système d’exploitation, après une guerre féroce, eut de quoi stupéfier. »

Si Bonaparte et les autres monarques de l’époque réagirent avec autant d’énergie, c’est parce que Saint Domingue était le laboratoire de la colonisation en Amérique, convoité aussi bien par l’Espagne que par l’Angleterre en raison de ses plantations de canne à sucre, de café, d’indigo, de coton, de cacao et de tabac où les colons avaient installé des réseaux efficaces d’irrigation. La richesse de plus de deux mille exploitations reposait toute entière sur l’exploitation brutale de plus d’un demi-million d’Africains. Pour les besoins de la cause il avait été décrété qu’il ne s’agissait pas d’êtres humains mais de bêtes et personne ne voyait de mal à ce qu’ils fussent forcés de travailler plus de douze heures par jour sous un soleil tropical qui, alors comme aujourd’hui, était sans complaisance.

Quant aux femmes esclaves, elles étaient violées systématiquement, ce qui donna naissance à un nouveau groupe formé de métis, eux aussi soumis, pour la plupart, à diverses formes d’exploitation. Les femmes étaient fouettées sans ménagement et à la moindre faute, on leur incrustait un masque de fer blanc sur le visage. D’autres subissaient des amputations des membres ou des parties génitales. Ce qui explique sans doute, en partie, la violence de la rébellion.
 « Haïti triomphe grâce au génie politique et militaire de Louverture, mais le territoire est assiégé et tous l’abandonnent, rappelle Diallo. La France obligea ensuite Haïti à acheter son indépendance au prix de dix millions de francs or, une somme d’une valeur inestimable, et le pays fut ainsi saigné à blanc : de tels procédés ouvraient grand les portes à un système basé sur la corruption. »

Diallo insiste : il faut étudier plus à fond la réalité de ce que fut la colonisation. Il y a des territoires qui recèlent des richesses et devraient à ce titre connaître la prospérité, mais plusieurs siècles de domination et d’exploitation les en ont privés. « Quand on ose dire que l’Afrique  a été victime des Africains, on ne fait rien d’autre que de fournir une excuse aux colons européens, même s’il est vrai que certains roitelets des côtes ont participé à la capture d’esclaves à l’intérieur des terres. Les Européens arrivaient et leur proposaient de l’alcool, de la verroterie, mais aussi des armes dont ils avaient besoin pour combattre leurs adversaires. »
 « Je suis persuadé qu’il y a tout un travail de recherche et de récupération de la mémoire historique à faire en Afrique. J’ai fait mes études au Sénégal, la traite avait pour théâtre principal l’île de Gorée. Il faut que les enfants des écoles apprennent tout ce qui se cache sous cette histoire, celle du colonialisme. Il est non moins nécessaire d’exiger réparation. Les Africains ne le font pas et ils ont tort. On peut  et on doit accorder une réparation à Haïti, et modifier la politique de la communauté internationale envers Haïti.

Divers Cités invite l’Europe et l’Amérique à participer à la réparation, en mettant en place, par exemple, des plans d‘éducation prioritaire dans les quartiers et les territoires les plus nécessiteux. Ce projet a été présenté, aux Etats-Unis, au président Bush, mais celui-ci refuse de reconnaître qu’il existe la moindre dette envers l’Afrique et les Afro-américains. Les problèmes ne sont pas les mêmes partout, reconnaît Diallo, mais il y a moyen de passer à l’action. Le premier pas consiste à faire connaître la vérité sur ce qu’ont été le colonialisme et l’esclavage.

 « Tout le monde était d’accord, à Bordeaux,  pour construire ici un mémorial. La décision a été unanime et a été soutenue avec ferveur par l’Université. La mairie a désigné une commission qui a approuvé le projet. »
Mais le mémorial en question, inauguré sur le quai Colbert, aux abords de la place de la Bourse, est en fait une modeste plaque qu’il est difficile de trouver. Notre première recherche s’est d’ailleurs avérée infructueuse.     
 « L’UNESCO a adopté un accord fixant au 23 août le Jour de l’abolition de l’esclavage et invitant les ministres de la Culture de tous les pays à commémorer dignement cet événement. L’idée pourrait aussi être suggérée au président Obama. Il s’agit de sensibiliser, petit à petit, chaque gouvernement, et le monde entier. »

DiversCités se prononce pour la fameuse diversité dont le président français Sarkozy s’est fait l’apôtre. La France a reconnu il y a cinq ans qu’un crime de lèse-humanité a été commis. Aux côtés des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Espagne, de tous ceux qui se sont enrichis de l’esclavage, tous pourraient avoir des initiatives de dédommagement, en particulier à l’égard d’Haïti, qui est passé de la richesse au dénuement le plus absolu. Pour résoudre le problème du monde noir, c’est en Haïti qu’il faut commencer, affirme Diallo. Et il n’a pas tort.
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